© 2012 CamilleM

Mouvement de rêve dans l’atelier…

Embarqués malgré nous dans l’intrépide et le fracassant courant de nos vibrionnantes existences soumises à l’aire du zapping et aux urgences futiles, il est salvateur parfois de savoir s’éclipser de l’agitation ordinaire pour rejoindre les rivages d’un îlot bouleversant de grâce et de sérénité.

La boutique Max Joaillier, située au 14 rue des Gras en plein centre ville de Clermont-Ferrand, fait indéniablement partie de ces trop rares lieux où le temps lui-même ne saurait passé sans s’arrêter comme fasciné par la poésie d’un alchimiste discret qui transforme les métaux précieux en âme du monde.

Pour Max, sa joaillerie est d’ailleurs et avant tout un atelier de création ouvert au regard des passants, comme une invitation perpétuelle au partage d’un art ancestral et envoûtant. On peut ainsi le voir tout à loisir, façonner, peaufiner, transformer, réparer, boucles d’oreilles, colliers, pendentifs et surtout les bagues, domaine de prédilection de notre créateur. «La bague est un bijou particulier, elle symbolise souvent un engagement fort dans la vie d’une personne, elle porte en elle l’affirmation d’un choix ou d’un souhait…» dit Max, qui reste perpétuellement touché par les histoires de vie et les destinées, belles ou tragiques, des personnes qui poussent sa porte et dont le précieux anneau, repéré dans la boutique ou spécialement commandé pour l’occasion, sera à jamais le silencieux et fidèle témoin. C’est pourquoi, explique-t-il encore, le prix, en matière de bijou, comme pour les oeuvres d’art d’ailleurs, n’est jamais à proprement parler un argument fondamental, la valeur d’une pièce se parant nécessairement plus de charge émotionnelle.

A n’en pas douter, la sensibilité de l’homme mais aussi sa patience lui sont aussi précieuses que son savoir-faire pourtant méticuleusement acquis durant de nombreuses années dans les grandes et prestigieuses «Maisons» parisiennes, mais aussi  berruryères et lyonnaises.

Ses premières amours de jeunesse, le dessin et la peinture, et plus généralement son goût pour l’art nouveau reconnaissable aux subtiles courbes, aux superbes motifs floraux et à une grande richesse de matériaux et de couleurs, influencent manifestement son esthétique. Pour en revenir à la création de bagues, par exemple, messages délicats à peine visibles, tableaux en miniature, savantes élaborations de volumes à plusieurs niveaux pouvant accueillir de superbes pierres aux formes et aux couleurs invraisemblablement variées, rien ne lui paraît inenvisageable. «Une fois les contraintes techniques parfois très complexes, maîtrisées, la seule limite qui soit est celle de l’esprit», glisse Max dans un sourire, ajoutant aussitôt avec un naturel désarmant : «nous sommes tous dotés de ces fascinants outils que sont la main et l’imagination». Pour autant, sans vouloir flatter cet esthète doux et discret, à le voir marteler, forger, ajuster le métal, le tordre, le fondre, le façonner avec une agilité et un talent remarquables, on se dit aussitôt que «l’oeuvre» n’est définitivement pas à porter du premier amateur venu.

Pour répondre aux sensibles attentes de sa clientèle, qu’il s’agisse de création de modèles en or ou de réparation de ceux en argent, Max a fait le choix de travailler à l’ancienne, c’est-à-dire à la main, pour assurer à chaque pièce une singularité et une longévité que ne saurait atteindre la plus performante des machines. Manifestement sa jubilation assumée à travailler dans les règles de l’art n’est pas étrangère à l’impression de sérénité qui règne dans la joaillerie. «Allons lentement, nous sommes pressés», une des expressions favorites de l’homme de théâtre Jean-Yves Picq, pourrait être son slogan. Il ne manque ainsi jamais l’occasion d’interrompre sa tâche pour partager sa passion avec les curieux de passage et leur faire, notamment, découvrir l’histoire et le secret des pierres. On découvre alors avec étonnement que le saphir n’est pas exclusivement bleu et qu’il peut briller de son troublant éclat sous de multiples teintes ou alors que le grenat se décline, en plus du traditionnel rouge brique, délicieusement en jaune ou en orange

Bref, il faudrait être bien peu prédisposé au bonheur pour se priver d’une rencontre avec  cet univers où le merveilleux n’est jamais loin, où les outils ancestraux paraissent être les personnages d’une scénographie sereine et intemporelle.

Finalement, en y réfléchissant bien, il se pourrait que le véritable spectacle, ce soit nous qui le donnions en définitive à Max, qui, tranquillement assis derrière sa vitrine, observe notre agitation si souvent vaine et nos brouillonnes courses vers pas grand chose. Peut-être alors songe-t-il secrètement à Albert Camus qui aimait à rappeler que «De toutes les écoles de patience et de lucidité, la création reste la plus efficace».

CharlyM

 

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